Et si l’Europe cessait enfin d’être seulement une puissance spatiale partenaire pour devenir une puissance capable d’envoyer elle-même ses astronautes en orbite ? Au deuxième jour du Sommet international sur l’espace, organisé les 9 et 10 septembre à Paris, Emmanuel Macron a appelé à accélérer cette transformation. Près de 120 délégations sont réunies dans la capitale pour réfléchir à l’avenir du secteur spatial et à l’autonomie européenne.
Des astronautes européens dans une capsule européenne
Le président français a fixé une ambition particulièrement forte : voir décoller, d’ici dix ans, une première capsule européenne habitée depuis Kourou, avec à son bord des astronautes européens et d’autres nationalités.
Macron a également évoqué plusieurs étapes intermédiaires : une première capsule cargo européenne Nyx qui pourrait rejoindre la Station spatiale internationale dans deux ans et un atterrisseur lunaire européen Argonaut dans cinq ans.
L’objectif est clair : que l’Europe ne dépende plus systématiquement des États-Unis pour envoyer ses équipages dans l’espace. Aujourd’hui, elle reste un partenaire majeur de missions internationales, mais ne dispose pas encore de son propre système de transport habité. L’Agence spatiale européenne estime justement que l’Europe doit désormais définir le niveau d’ambition qu’elle souhaite atteindre dans la nouvelle ère spatiale.
Derrière les fusées, une bataille beaucoup plus terrestre

Cette volonté d’indépendance ne concerne toutefois pas uniquement les astronautes.
L’Europe cherche également à renforcer ses propres constellations de satellites pour réduire sa dépendance aux infrastructures américaines. Le programme IRIS², notamment, doit fournir une infrastructure européenne de connectivité sécurisée et constitue l’une des réponses au poids croissant de Starlink. Son déploiement complet n’est cependant pas attendu avant 2030.
Macron veut aussi accélérer le « Direct to Device », une technologie permettant à un téléphone compatible de communiquer directement avec un satellite, sans passer par une antenne-relais terrestre. L’objectif affiché est de construire une capacité européenne permettant, à terme, d’améliorer la couverture jusque dans les zones mal desservies.
Une ambition confrontée à de sérieux obstacles
Le projet reste néanmoins loin d’être acquis. L’Europe doit encore investir massivement, coordonner ses États membres et résoudre ses rivalités industrielles, notamment entre la France et l’Allemagne. Elle reste également en retard sur les États-Unis en matière de lancements et de technologies réutilisables.
Le sommet parisien révèle donc un enjeu qui dépasse largement la conquête spatiale : qui contrôlera demain les infrastructures dont dépendent nos communications, notre navigation, nos données et une partie de notre sécurité ?
Pour Emmanuel Macron, l’Europe doit désormais choisir entre rester un partenaire des grandes puissances spatiales ou construire les moyens de maîtriser elle-même une partie de son avenir.
