Un vélo, quelques livraisons et une échéance impossible à repousser. Dans L’Histoire de Souleymane, Boris Lojkine transforme le quotidien d’un livreur à vélo en une véritable course contre la montre. Pendant près d’une heure et demie, le spectateur suit un homme qui n’a pratiquement pas le droit à l’erreur.
Sorti en salles le 9 octobre 2024, ce drame de 1 h 32 a rapidement dépassé le simple statut de film social. Récompensé à Cannes puis aux César, il s’est imposé comme l’une des œuvres françaises les plus marquantes de ces dernières années.
Deux jours pour préparer l’entretien qui peut tout changer
Souleymane est Guinéen et vit à Paris sans titre de séjour. Pour gagner sa vie, il sillonne les rues à vélo et livre des repas pour une plateforme.
Mais son esprit est ailleurs.
Dans deux jours, il doit passer son entretien de demande d’asile. Cette rencontre avec l’administration pourrait déterminer la suite de son existence en France.
Le problème, c’est qu’il n’est pas prêt.
Il doit raconter son histoire, expliquer pourquoi il a quitté son pays et convaincre l’administration que son retour en Guinée est impossible. Mais pour survivre, il doit aussi continuer à travailler. Chaque livraison, chaque minute perdue et chaque imprévu compliquent un peu plus sa préparation.
Une fiction qui ressemble dangereusement au réel
C’est là que Boris Lojkine frappe fort. Le réalisateur ne transforme pas Souleymane en symbole abstrait de l’immigration. Il montre simplement un homme qui essaie de tenir debout dans une situation précaire.
La caméra reste au plus près du personnage. Le vélo avance, Paris défile, les commandes s’enchaînent et la pression monte.
Et derrière le personnage se trouve une réalité encore plus troublante : Abou Sangaré, qui interprète Souleymane, a lui-même connu un parcours migratoire difficile après avoir quitté la Guinée. Cette proximité avec son personnage donne au film une force particulière.
Abou Sangaré, de l’inconnu aux César
Pour son premier rôle au cinéma, Sangaré a créé la surprise. À Cannes 2024, il reçoit le Prix du meilleur acteur d’Un Certain Regard, tandis que le film décroche le Prix du jury. Quelques mois plus tard, il remporte le César de la meilleure révélation masculine.
Le film repart également des César avec trois autres récompenses : meilleur scénario original, meilleure actrice dans un second rôle pour Nina Meurisse et meilleur montage.
Mais au-delà des récompenses, L’Histoire de Souleymane réussit surtout une chose rare : faire ressentir l’urgence d’une situation sans avoir besoin d’en rajouter.
Pendant 92 minutes, le spectateur pédale avec Souleymane, attend avec lui et redoute avec lui cette fameuse rencontre.
Et lorsque l’entretien arrive enfin, une question reste suspendue : son histoire sera-t-elle suffisamment convaincante pour lui permettre de rester ?
